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 La grue et la bécasse

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Corynn
Moulin à paroles


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MessageSujet: La grue et la bécasse   Sam 28 Fév 2015 - 10:36

La grue et la bécasse

Tous les ans, vers le mois de septembre, on les voyait revenir.
- Les grues sont de retour ! entendait-on dans la rue Sainte Justine.
- V’là les morues qui rappliquent ! raillait-on de plus belle.
Les jeunes, surtout les garçons, tendaient alors l’oreille ; leurs yeux brillaient, les pulsations de leur cœur augmentaient à l’évocation des fantasmes de leurs rêves éveillés : « Les grues sont de retour ! » Quels mots délicieux pour ces adolescents boutonneux !
Les dames de la commune détournaient subrepticement la tête, pinçant leur nez comme si une odeur nauséabonde avait brusquement pris possession du lieu. Elles ramassaient leurs jupes épaisses afin de mieux fuir l’effroyable nouvelle. Ces honnêtes femmes couraient se réfugier entre les murs rassurant de leur maison austère, dans la cour sablée du presbytère ou celle, pavée, de la gendarmerie. Aucune d’entre elles n’osait pourtant aller frapper à la porte du château. Toutes savaient bien où monsieur le baron de La Mormanac, qui était également le maire de cette jolie bourgade, passait ses soirées, dès lors que les grues, ces oiseaux de malheur, faisaient leur apparition.
Monsieur le curé ne savait plus que faire face à la colère, ô combien légitime, mais tout de même bien hargneuse, de ses ouailles en jupons. Il faisait de grands mouvements de manches, promettait d’en parler au baron, à monseigneur l’évêque, au cardinal même, fournissait un bol d’eau bénite à lancer sur les créatures si, par malheur, on devait les croiser, et refermait la porte derrière lui, soulagé d’avoir pu venir à bout de la cohorte de bourgeoises effarouchées par la venue de quelques puterelles pourtant bien inoffensives.
Car c’est bien de cela qu’il s’agissait, en effet. Les jeunes demoiselles en question n’étaient pas bien nombreuses, à peine quatre, dûment chapeautées par Madame, une jolie femme accusant une trentaine légèrement fanée, à la poitrine généreuse, à la taille fine, aux hanches larges, aux bras roses et dodus ; c’était des gourgandines !
La baronne de La Mormanac ne faisait pas partie des furies qui brandissaient leur rameau dégoulinant d’eau bénite en arme toute puissante contre les démons vicieux qui habitait ces catins ; elle avait bien trop honte pour cela ! Son époux et maître, Pierre-Henri troisième du nom, député-maire de la circonscription, recevait pendant une semaine en son château, tous les mois de septembre, trois ou quatre amis, cols blancs et grandes distinctions à la boutonnière, sénateurs, présidents de conseil ou autres chargés de poste à haute responsabilité étatique. Ces messieurs venant pour l’ouverture de la chasse, il était bien entendu qu’ils arrivaient seuls, accompagnés de leur chauffeur qu’on envoyait dormir à l’auberge du bourg. Au grand désespoir de sa légitime épouse, c’était donc sur la demande du baron lui-même, que Madame arrivait tous les ans avec ses filles, à l’heure de l’hallali, pour passer la semaine dans la jolie maraîchère transformée en pavillon de chasse.
Le commandant de la gendarmerie, un célibataire endurci, était sur les dents. Pas une seule dame du bourg ne l’avait épargné de ses jérémiades depuis que la nouvelle était tombée. Elles savaient bien, ces vertueuses mères de famille, qu’il serait sans pitié pour les grues, lui qu’on ne pouvait faire fléchir d’un regard par en dessous en papillonnant des cils, ou en feignant d’avoir des vapeurs. D’ailleurs, le bruit courrait qu’il n’aimait pas les femmes ; on pouvait donc compter sur sa probité pour exercer son autorité avec vigueur envers ces filles dépravées, afin qu’on ne les voit pas au centre du bourg, à attirer les gamins bien curieux et les hommes trop volages.
Au château, les matinées commençaient tard, au plus grand plaisir des volatiles et autres gibiers à poils ; de fait, les tableaux de chasse étaient fort maigres. Le déjeuner était le seul moment où la baronne rencontrait les invités de son mari. Les conversations tournaient invariablement sur la politique. La brave femme se taisait, s’ennuyant ferme, mais tenait son rang, assise en bout de table, souriante, affable, ravie lorsque l’éternité du repas prenait fin, s’excusant lorsque ces messieurs sortaient leurs cigares au moment du service d’un vieil Armagnac de trente ans d’âge. Ces messieurs faisaient ensuite une petite sieste puis s’en allaient en voiture jusqu’à la jolie toulousaine de briques roses, propriété du baron, située au bout du bois du Tuco, à environ trois kilomètres du château ; ils ne rentraient que fort tard dans la nuit.
Au soir, après avoir dîné seule, la baronne se retirait dans ses appartements, lisait quelques pages, faisait ses prières et soufflait la courte flamme de la lampe à pétrole. C’est alors que le sommeil, qui semblait pourtant proche une minute auparavant, se mettait à la fuir : mais que diable faisaient son époux et ses amis, tous les après-midi et leur soirée, avec les grues installées pour la semaine dans la toulousaine ?
Au quatrième matin, n’y tenant plus, elle ordonna de seller Jourdain, et galopa jusqu’à la maraîchère qui occupait toutes ses pensées. Alors qu’elle allait sortir du bois du Tuco, un sanglier fit brusquement irruption devant les sabots du cheval qui cabra, puis rua, et envoya sa maîtresse voler en un parfait soleil par-dessus sa crinière.
Lorsque la baronne ouvrit les yeux, elle ne sut d’abord pas où elle se trouvait. La chambre était claire, le lit confortable. La personne, assise à ses côtés, était bien mise, une dame, assurément, sensiblement du même âge qu’elle, très belle, brune comme elle-même était blonde, de taille et corpulence similaires aux siennes. La première pensée de la cavalière fut pour sa monture.
- Jourdain, mon cheval…
- Il va bien, ne vous inquiétez pas. Notre garde-chasse vient juste de vous amener, inconsciente. Heureusement pour vous, il a assisté à l’accident. Il est aussitôt parti chercher votre monture, pour la mettre à l’écurie.
- Vraiment, je suis confuse de vous causer tant d’ennui.
- Pas du tout, je vous assure, Madame… ?
- Je suis la baronne de La Mormanac, dit la femme en tendant la main.
Son hôtesse eut un léger mouvement de recul, avant de prendre, cependant, les doigts délicats entre les siens pendant quelques secondes.
- Je pense que vous n’apprécierez pas de me connaître, dans ce cas, dit-elle doucement. Je suis celle que toutes et tous appellent « Madame ». Célina est mon prénom, quant à mon nom, il y a bien longtemps que plus personne ne l’utilise.
Le regard de la noble dame se troubla, puis son sourire revint.
- Justement, c’est vous que je souhaitais voir !
- Vraiment ? répondit Célina en haussant un sourcil dubitatif.
- Parfaitement. Tous les ans, mon époux invite ses collègues de travail et disparaît ici. Que faites-vous donc avec ces messieurs tous les après-midi et les soirées ?
Madame jeta un regard par-dessous au charmant visage levé vers elle. Cette femme serait-elle une réelle innocente à ne pas comprendre, ou était-elle sincère ? Les yeux clairs qui la fixaient avec curiosité, exempts de toute méchanceté, lui donnèrent la réponse.
« Ce n’est pas Dieu possible d’être gourde et ingénue à ce point ! Une grue et une bécasse ! Quelle jolie paire d’oiselles nous faisons à nous deux ! » pensa-t-elle avant de répondre.
- Vous avez sûrement entendu les ragots qui courent sur mes filles, voyons ?
- Bien sûr, on dit… Les gens disent que les demoiselles qui vous accompagnent font commerce de leur corps. Mais à vrai dire, j’ignore la portée profonde d’une telle chose. Que vendent-elles, au juste ?
- Leur petite fleur, bien sûr !
- Des fleurs ?
- Pas des fleurs à proprement parler ; elles ouvrent leur jardin secret, enfin, vous voyez bien !
- Heu…
- Madame la baronne, excusez-moi pour ma question indiscrète, mais êtes-vous déjà sortie de votre campagne, pour aller à Toulouse par exemple, ou à Paris.
- Dieu non ! Mon époux s’y oppose totalement, tout comme mon père avant lui ! Je me suis mariée à seize ans et n’ai quitté le château paternel que pour celui de mon mari. Je vais cependant parfois, rarement, au bourg de Mormanac, mais ne m’y sens guère à l’aise. J’aime la solitude, ma tapisserie, mes chats…
- Je comprends mieux. Vous avez des enfants tout de même.
- Tout à fait, j’ai un fils, Pierre-Henri quatrième du nom, qui a vingt ans ! Le médecin a dit, à l’époque, que je ne pourrais pas avoir d’autres bébés après lui.
- Votre époux vous visite bien, la nuit ? Je veux dire, il entre dans votre chambre, dans votre lit ?
- Ah non alors ! Après mes premières nausées, que j’ai eues pour mon fils, jamais plus Pierre-Henri le troisième ne m’a touchée, et c’est très bien ainsi !
Madame sourit. La femme couchée dans le lit, lui paraît infiniment gentille, tout en lui faisant un peu pitié.
- Vos couleurs sont revenues. Il faut que je m’entretienne avec vous. Cela vous dirait-il d’aller vous asseoir en ma compagnie dans le jardin ? Nous pourrions nous y installer sous le tilleul ; mes pelles-à-cul y sont très confortables, vous y serez bien.
- Très volontiers !
Dix minutes plus tard, les deux femmes prenaient une citronnade, sous l’arbre vénérable, comme deux vieilles amies.
- Ainsi donc, votre époux ne vous a pas approchée depuis plus de vingt ans ? Cela ne vous manque pas ?
- Quoi donc ?
- Eh bien, de sentir la force d’un homme près de vous, de toucher sa peau, d’avoir ses mains sur votre corps, et plus encore… Vous savez bien, ce que le baron vous a fait pour que vous ayez un bébé.
- Ce qu’il m’a fait pour… Quelle horreur ! Quel souvenir abominable ! Il… il…
La baronne se penche et murmure :
- Figurez-vous qu’il s’est couché sur moi, dans le noir, et… et… Non, je ne peux pas vous le dire. J’ai trop honte !
- Il a soulevé votre chemise, a écarté vos cuisses et il vous a pénétrée.
- C’est ça ! C’est exactement ça ! Comment le savez-vous ? On vous l’a fait aussi ? J’en ai parlé à mon confesseur qui m’a dit que la fornication était un vilain péché, mais qu’il fallait subir dans la souffrance ce que mon mari me faisait, afin de croître et de multiplier selon la volonté du Seigneur. Surtout, il m’a bien précisé qu’il me fallait allongée sur le dos, immobile, et prier pendant que l’acte se passait.
- Hé bien ! Je comprends que votre mari soit attiré par mes filles, et qu’il ne vous ait plus jamais touchée ! s’exclama Madame.
- Comment cela ? interrogea la baronne en ouvrant de grands yeux.
- Ah oui ! « Une femme honnête n’a pas de plaisir ! » « Une femme honnête ne donne pas de plaisir ! » Certes, ils ont raison les bien-pensants ! Ils prêchent pour ma paroisse ! Qu’ils continuent donc ce beau discours car les maris sevrés viendront se consoler chez moi !
- Je ne comprends goutte à vos propos, ma chère !
- Je vais vous expliquer. Votre corps, c’est bien Dieu qui l’a créé, n’est-ce pas ?
- Bien sûr !
- Et rien de ce qu’il a mis dans votre corps n’est inutile ?
- Tout à fait, chaque endroit a son usage.
- Hé bien, il y a, entre vos cuisses, un petit bouton que Dieu lui-même a placé.
- Vraiment ? Et que se passe-t-il lorsqu’on le déboutonne ?
- On ne le déboutonne pas, mais on le touche, on le presse, on le frotte, on l’embrasse, on le caresse, on s’occupe de lui. On peut le faire seule ; c’est bien plus amusant de le faire à deux. Des endroits comme ce petit bouton, il en existe plusieurs sur le corps des femmes, le bout des seins, les oreilles, derrière les genoux, la veine du cou, le creux du poignet, et bien d’autres encore, dont un, à l’intérieur de votre ventre. En restant allongée sur le dos, immobile, à réciter des prières d’apocalypse, comment vouliez-vous inciter votre époux à les chercher et à vous les faire découvrir ?
- Mais que ressent-on, en fait ?
- Du plaisir, très chère, un plaisir absolument divin, car Dieu a créé le corps de la femme ainsi, avec ces touches de sensibilité qu’on peut user comme on joue d’un instrument de musique. Croyez-moi : un bon amant saura vous faire monter aux cieux avant de prendre son propre plaisir. « Croître et multiplier » certes, mais avec panache ! Et je peux vous garantir que votre époux, dûment éduqué par mes soins et ceux des filles que je protège, est devenu un excellent amant !
- Vraiment ? Ne parle-t-on pas là de déviance ?
- Non pas, madame la baronne. Un mari a le devoir de rester près de sa femme, or, que je sache le baron ne vous a pas quitté. Mes filles ne doivent pas éloigner les époux de leur domicile conjugal ! Elles ne peuvent se permettre de tomber amoureuses que des hommes célibataires.
- Certes, cela est bien.
- Les hommes viennent chercher chez moi ce que leur légitime épouse ne leur donne pas, sans risque aucun pour elle.
- Comment cela ?
- Le mari pourrait prendre une amante à demeure, toujours la même, mais cela serait bien plus dangereux pour l’épouse car il risquerait de s’attacher à « l’autre ».
- Mais les filles qui travaillent pour vous…
- … sont toutes volontaires, déjà riches, s’ennuient chez elles, et préfèrent une vie de liberté et de plaisir à celle que la société leur offre généralement. Louise, par exemple, dut subir à dix-sept ans un mariage bien sous tout rapport, aux yeux de sa famille, avec un vieux général à la retraite, âgé de plus de soixante-dix ans ! Heureusement pour elle, il est décédé l’année qui suivi leur mariage, la laissant riche à millions, avec une belle envie de croquer sa vie à pleines dents ! Prenez Henriette : cette petite devait entrer dans les ordres, sa mère en avait décidé ainsi ; pourtant, la jeune fille n’avait pas la foi, elle rêvait d’aventures. Elle s’est enfuie de chez elle et a pris un amant pour la protéger. Il lui a tout offert, maison, bijoux, chevaux, avant de se détourner d’elle, deux ans plus tard, pour une autre. Comme elle aime les hommes, elle a décidé de venir frapper à ma porte. Chacune des filles que vous verrez chez moi sont libres d’aller et venir comme bon leur semble. Elles se mettent sous ma protection pour être assurées de n’avoir que des gentilshommes qui connaissent les règles du jeu.
- Elles se font payer pour ce qu’elles donnent aux messieurs ?
- Non, mais elles acceptent les cadeaux qu’ils leur offrent. C’est moi qui me fais payer. Elles sont ce que l’on nomme des « cocottes de luxe ». Lorsque votre mari me donne la liste des hommes qu’il aimerait inviter, je la propose à mes filles qui choisissent avec qui elles souhaitent passer la semaine ici. Je ne leur impose rien. Si un homme de la liste ne plaît à aucune de mes demoiselles, j’en informe le baron qui propose un autre nom, à la place. Ainsi, seul le plaisir des deux parties compte ; il n’y a aucune obligation. Toutes mes protégées finissent, d’ailleurs, par trouver un jour quelqu’un qui leur plaît, parmi mes usagers ; elles me quittent alors et se marient, le plus souvent. Avec une épouse comme elles, je ne revois jamais leur conjoint. C’est ainsi. Nous restons cependant amies. Tout ce bruit autour d’elles n’est qu’hypocrisie, voyez-vous.
- Vous me dites qu’elles ont du plaisir à ce qu’elles font ?
- Tout à fait ! Je peux vous apprendre, si vous le désirez. Notez bien que cela n’est pas dans mon intérêt, car il y a fort à parier que je perdrai alors la clientèle de votre mari ; mais vous m’êtes sympathique, aussi, pour vous, vais-je faire un effort, si vous le souhaitez.
La baronne écarquilla les yeux. Elle savait, confusément, que Célina était dans le vrai. Elle avait trente-sept ans, devenait une vieille femme ; elle ressentait brusquement un sursaut de jeunesse, de curiosité, d’envie.
- Oui, c’est ça, montrez-moi ! Maintenant, tout de suite !
Madame éclata de rire.
- Vous alors ! Allons, terminez votre citronnade et remontons dans la chambre. Je vais vous donner des cours particuliers et, si vous le souhaitez, dans trois nuits, nous ferons, vous et moi, une belle surprise à votre époux.

Le baron de La Mormanac se sentait triste. On était le dernier après-midi, antichambre du dernier soir de la présence des gourgandines. Il connaissait bien le terme qu’on employait à leur encontre, au bourg : « les grues ». Les filles qu’il faisait venir, tous les ans au mois de septembre, n’avaient rien des tristes grues au trois-quarts esclaves, qui arpentaient les rues de Toulouse sous la férule d’un maquereau féroce ou d’une abbesse violente.
Les demoiselles de Madame étaient propres, élégantes, pétillantes, distinguées. Elles avaient reçu une bonne éducation et choisissaient leur vie, certes alléchées par l’argent ou les titres, mais pourquoi pas ? pensait le noble personnage. Lorsque les gourgandines partaient, à la fin de la semaine, il restait quelques jours seul avec Marie-Mathilde, sa fade et ennuyeuse épouse, le temps de régler quelques problèmes avec le régisseur du domaine de La Mormanac, puis abandonnait sa femme à la campagne et revenait, seul, dans son hôtel particulier au cœur de Toulouse ; la fine tour de Capitoul au-dessus de sa tête taisait les nombreuses maîtresses qui entraient discrètement la nuit et repartaient à l’aube.
Il n’aimait guère Marie-Mathilde ; leur mariage fut arrangé par leurs parents respectifs. Elle était insipide, terne, inapte au plaisir comme au bonheur. Elle lui avait heureusement donné l’héritier nécessaire à sa descendance, très tôt après leur mariage ; il n’avait dû pour cela forcer ses cuisses que deux ou trois fois, refroidi par les neuvaines qu’elle récitait à haute voix pendant le devoir conjugal.
« Devoir », voilà bien un terme qui ne s’appliquait pas dans la toulousaine !
Il passa ce dernier après-midi en compagnie de son amie Célina qui refusa de le laisser monter dans la chambre avec une des filles.
- Promenons-nous plutôt. Je tiens à ce que vous soyez très en forme cette nuit, mon cher. Il faut que cette dernière soit une apothéose ! Plus encore que d’habitude ! Je vous réserve une surprise. Je m’occuperai personnellement de vous.
- Célina, vous m’étonnez. Il y a bien longtemps que vous ne m’avez fait l’honneur de votre couche et de vos bras !
- N’allez-vous pas regretter la chair fraîche de Louise, ou celle de Berthe ?
- Si la vôtre est moins fraîche, elle est toute aussi parfumée, sans compter que vous êtes plus expérimentée !
- Puisque l’idée de mon corps vous convient, cette nuit nous allons jouer ! Nous éteindrons la lampe et vous me ferez l’amour comme si j’étais une jeune pucelle vierge de toute expérience. Vous devrez vous dépasser, m’éveiller au plaisir, jouer de mon corps, m’inspirer, me faire jouir plus que jamais ! Vous sentez-vous de taille à relever mon défi ?
- Par Dieu, je peux même commencer tout de suite, sous l’ombre de cet arbre ! cria le baron en la saisissant de ses bras virils.
- Que nenni ! le repoussa Célina. Gardez-vous en bien. Je vous veux ce soir en pleine forme, dans le noir, comme une pucelle qui se respecte !
La journée passa. Après le souper, Madame se leva.
- Allons, mesdemoiselles, laissons ces gentilshommes à leur cigare et préparons-nous pour cette dernière nuit. Rappelez-vous, messieurs, que cette fois, nous serons toutes dans le noir. Interdiction d’allumer chandelle, bougie, ni aucune lampe à pétrole ! Souvenez-vous des nouvelles règles du jeu : vous devrez nous amener à la jouissance, comme si nous étions les unes et les autres totalement inexpérimentées. Cela va vous changer ! Saurez-vous tenir la longueur ?
Un énorme éclat de rire salua sa question, puis les hauts personnages se servirent une bonne rasade d’Armagnac et s’installèrent confortablement pour une heure de tranquillité masculine, avant de rejoindre leurs amantes respectives.
Pierre-Henri se déshabilla dans l’antichambre ; il pénétra dans la pièce sombre aux lourds rideaux fermés. Il reconnut immédiatement le parfum délicieusement capiteux de sa maîtresse, et entreprit de faire glisser le drap qui la recouvrait, sur le sol.
- Je vais te donner du plaisir, murmura-t-il en s’allongeant près d’elle.

Quelle nuit mémorable ! Quelle bonne comédienne que cette Célina ! Son toucher délicat, ses gémissements sensuels, ses cuisses encore fermes, ses seins érectiles, son corps merveilleux qui répondait voluptueusement à chacune de ses caresses, il ne reconnaissait rien, comme si elle était effectivement novice. Cela accrut son plaisir d’homme. Elle se pliait à chacun de ses désirs, à toutes les positions qu’il proposait ; il agréa toutes les exigences qu’elle eut, tous les appétits qu’elle développa. Ils jouèrent longtemps avant qu’il n’explosât en elle, envoyant sa partenaire au paradis. Il connut, cette nuit-là une jouissance comme jamais auparavant.
Lorsqu’il battit du briquet pour allumer la bougie, quelle ne fut pas sa surprise de découvrir, au creux du lit complice, non pas Célina, mais son épouse, belle, lascive, amoureuse, ses longs cheveux blonds ne couvrant pas sa merveilleuse nudité. Elle posa sa main sur son phallus ; il reconnut la douceur de la caresse.
- Priape peut-il renaître ? demanda-t-elle doucement.
- Vous ? Mais… Comment ?
- Chut, ne dites rien. Plus tard… Faites-moi l’amour, encore, avec la lumière, en sachant qui je suis.
Elle l’entoura de ses longues jambes fuselées et le caressa de ses lèvres pleines.
- Tu es si belle. Est-ce bien toi, Mathilde ? murmura-t-il en posant ses mains sur les seins lourds, se sentant renaître au creux de son aine.
- Je suis là mon amour…
Pierre-Henri ne comprenait pas pourquoi son épouse se trouvait là, ni comment une créature aussi froide et insensible avait pu se transformer en un volcan de sensualité. Il était profondément excité et entendait le faire savoir. Les cris de jouissance de Marie-Mathilde résonnèrent dans toute la toulousaine.
Lorsque deux heures plus tard elle quitta la chambre, heureuse, au bras de son époux, la porte en face d’elle s’ouvrit brusquement, laissant paraître l’uniforme passablement froissé du commandant de gendarmerie.
- Monsieur ! Vous ici ?
Celui-ci rougit, puis pâlit, et expliqua.
- Les apparences sont trompeuses, madame la baronne ! Je ne suis venu ici que pour tenter de raisonner ces pauvres filles. Ce n’est pas du tout ce que vous croyez !
À ce moment-là, la fraîche voix de Louise se fit entendre.
- Mon chéri, tu as oublié ton ceinturon autour de mes reins. Reviens vite, petit gendarme, mon gentil minou a soif de tes remontrances !
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Sam 28 Fév 2015 - 13:07

Eh non, je ne l'avais pas lu et j'ai adoré !!!!! Quel talent, ma petite Corynn !!! cheers
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Camille851
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Sam 28 Fév 2015 - 13:17

Ah oui ! Quand même ! lol! Mais c'est excellent ! Je me suis régalée de bout en bout ! Et tu as raison, le jury a l'esprit très ouvert ! Chez Past'Elles,ça ne passe pas, ça lol! C'est vraiment très très bon... un peu osé, mais vraiment très bon...
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Sam 28 Fév 2015 - 13:41

Hihihi ! Pourquoi je connaissais d'avance ton commentaire, ma Camillette jolie ? lol!
Tu vois, j'étais persuadée que ça ne passerait pas là non plus !

Merci en tout cas, à vous deux, Camillette et Babounette. C'est très gentil !

Vous n'imaginez pas, les filles, ce qu'écrire un texte comme ça peut être jubilatoire ! Laughing

Après, tout est suggéré, mais rien n'est "montré". C'est osé, mais pas pornographique.

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Camille851
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Sam 28 Fév 2015 - 16:08

Ah si, j'imagine très bien ! Laughing
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Dim 1 Mar 2015 - 8:41

c'est érotique à l'ancienne et c'est super bien écrit !! justement on ne peut pas croire que cela se passe ainsi de nos jours c'est pour cela que ça a plu! en plus c'est très imagé sans être "cochon" j'ai adoré !!
Spoiler:
 
Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Dim 1 Mar 2015 - 10:26

Réaction à ton spoiler :



Laughing Laughing
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Claudy
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Dim 1 Mar 2015 - 13:19

Oh que c'est gentil Very Happy non ce n'est pas pornographique ! il y a ce qu'il faut pour que rien ne dépasse le correctement permis et puis, comment dire , c'est tout en douceur ....
Corynn, bravo , ce ne fut quand même pas évident d'écrire pareil texte .... tout ça reflète ton talent
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Camille851
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Dim 1 Mar 2015 - 20:30

Razz Razz Razz La lectrice adore, l'éditrice ne peut se le permettre !
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Eva
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Lun 2 Mar 2015 - 17:14

Je vais comme Marie, parce que sur l'ordi j'ai du mal à lire de longs textes.

_________________
Eva passionnée d'écriture !!!!!!

http://www.thebookedition.com/le-village-des-demeures-la-medium-de-elisabeth-harryson-p-96724.html
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Corynn
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Mer 4 Mar 2015 - 11:57

Bien sûr, bonne lecture Eva !

J'avoue que j'ai du mal à saisir la frilosité de l'éditrice, Camillette. Peut-être as-tu des "à priori" sur tes lectrices. Qui te dit qu'elles n'apprécieraient pas, parfois un petit peu de "pas politiquement correct" si celui-ci n'est ni agressif, ni vulgaire... après tout ? Tu sais, juste une petite dose de je ne sais quoi qui sort des sentiers battus... Peut-être serais-tu surprise... Very Happy

Merci tout plein, Marie et Claudy. Je suis heureuse de vous avoir fait plaisir à cette lecture.
Babounette, tu es impayable avec tes petits cochons ! Laughing
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Mer 4 Mar 2015 - 12:25

On voit bien que tu ne connais pas les lectrices des Veillées, Corynn ! Laughing Laughing Laughing
Parce que, quoi qu'on en dise, pour le moment, c'est tout de même mon fond de commerce. Quand je serai à la retraite et que j'aurai un peu de temps, peut-être pourrais-je créer des collections particulières auxquelles elles n'auront pas accès. J'y pense, même pour mes propres histoires, d'ailleurs...
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Mer 4 Mar 2015 - 12:26

C'est une excellente idée, Camillette ! cheers
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Mer 4 Mar 2015 - 19:19

En parlant des veillées, j'ai vu que Camille y était mais comme c'était déjà l'épisode 4 et que je ne suis pas sûre de pouvoir trouver les veillées toutes les semaines, je ne l'ai pas acheté.

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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Mer 4 Mar 2015 - 19:21

domamge Eva je suis sûre que Camille peut faire quelque chose pour toi !!
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Mer 4 Mar 2015 - 19:31

Non c'est pas grave Marie.

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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Mer 4 Mar 2015 - 22:36

En effet, mon dernier roman est en cours depuis le début février. Je peux t'envoyer des copies si tu le souhaites, Eva. Sinon, il sera bien publié un jour ou l'autre ! Very Happy Very Happy Very Happy
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Jeu 5 Mar 2015 - 0:21

Je préfère attendre la publication mais merci quand même Camille.

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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Jeu 5 Mar 2015 - 12:15

Pas de souci ! Je n'aime pas lire par épisode moi non plus ! Very Happy
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MessageSujet: Re: La grue et la bécasse   Jeu 5 Mar 2015 - 16:45

Moi de même, je n'aime pas lire par épisode.
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