un petit texte que j'ai écris dernièrement :
Canicule
Muguette Jacquin se sent bien seule, dans son grand appartement du 12ème arrondissement de Paris. Les quatre autres appartements du petit immeuble où elle habite sont vides, tous les autres locataires sont partis en vacances.Muguette, âgée de 83 ans, ne part plus en voyage, personne ne le lui propose et ses trois enfants bien que partant dans sa maison en Espagne, ne lui ont jamais proposé de venir avec eux. Elle les aime bien ses enfants et aussi ses six petits-enfants. Ils ont tous réussi leur vie et, ils ne manquent jamais de venir la voir une fois par an, le 2 janvier, pour venir chercher leurs étrennes. Oh, c’est vrai, Muguette aimerait bien, parfois, passer le Noël ou le Jour de l’An avec eux, mais ils préfèrent fêter cela en famille, alors Muguette ne leur en tient pas rigueur, ils ont leur vie, maintenant, et ne vont pas s’encombrer d’une vieille dame. Et puis, ils sont gentils, tout de même, ils lui envoient une carte postale de leurs vacances et une pour la fête des mères, cela tous les ans, les braves petits. En ce 10 août 2003, la chaleur est torride sur la capitale, bien que Muguette ait bien écouté toutes les recommandations qu’ils ont dit à la télé, de garder volets et fenêtres fermés, de boire souvent, il fait très chaud. Le thermomètre dans le salon avoisine les 35°C. Muguette est confortablement installée dans son fauteuil Voltaire et feuillette ses albums-photos, souvenirs de son mariage avec Raymond mort en 1995, souvenirs de vacances avec ses enfants, ainsi que les photos qu'elle fait de ses petits-enfants chaque deux janvier quand ils viennent la voir.
Muguette sent la soif qui arrive, sa bouteille est vide, alors elle se lève pour aller en chercher une pleine dans la cuisine, quand elle passe près de la table de la salle à manger, elle bute dans le pied et tombe lourdement. La vieille dame essaye de se relever mais n’y arrive pas, elle reste allongée ainsi sur le sol, pensant que quelqu’un va bien s’apercevoir que quelque chose cloche, ne serait-ce que la boulangère qui ne la verra pas demain matin. Alors Muguette ne prend pas peur et elle se met à attendre.
Les Duchemin rentrent de vacances le 16 août 2003. En pénétrant dans le hall de l’immeuble, ils sont attirés par une forte odeur de viande avariée. Ils montent à l’étage, l’odeur vient de l’appartement de Madame Jacquin, leur voisine d’en face. Ils sonnent, frappent à la porte mais personne ne répond, alors, ils se décident à appeler les pompiers.
Lorsque l’ambulance arrive, les hommes du feu enfoncent la porte de l’appartement. C’est une vision d’horreur qui s’offre à eux, le corps sans vie de Muguette Jacquin est sur le sol, à l’endroit même où elle est tombée quelques jours plus tôt. A cause de la chaleur, le corps est en putréfaction et des milliers de mouches y sont agglutinées. Les pompiers ne sont plus surpris, c’est leur huitième intervention de la sorte depuis le matin et, depuis quelques jours, ils ne font que cela : retrouver des corps sans vie de personnes âgées. Ils essayent de trouver une morgue dans un hôpital pour pouvoir emmener la dépouille. Chaque fois la réponse est la même, les morgues sont pleines, alors comme l’a autorisé le préfet, ils emmènent le corps dans les frigos de Rungis.
Une recherche est ensuite effectuée par la police pour essayer de joindre les enfants de la victime mais personne ne répond. Le médecin légiste ayant examiné le corps et ayant conclu à une mort causée par la soif après deux jours d’agonie, édite l’autorisation d’inhumer. C’est dans l’indifférence totale, et seule, que le corps de Muguette Jacquin est enterré dans un cimetière Parisien auprès de son mari.
Le 10 septembre 2003, les trois enfants de Muguette ayant été retrouvés, grâce à son notaire, se retrouvent en son étude pour écouter le testament de leur mère. Elle a fait un partage équitable de tous ses biens entre ses trois enfants. Ils ressortent tous avec une sommes rondelette après la vente des biens de leur mère et, gardent la jouissance pour eux trois de la maison en Espagne où ils pourront se retrouver chaque mois d’août.
En sortant de chez le notaire, chacun des enfants est d’accord pour se dire que, de toute façon, leur mère était bien vieille et qu’il fallait bien que cela arrive un jour. Mais, ils font tous la même promesse : C’est que, pour chaque Toussaint, ils feront livrer un bouquet de fleurs sur la tombe de leur maman...
_________________
Découvrez mon blog :
http://paskal-carlier.skyrock.com/Quand le pouvoir de l'amour
surpassera l'amour du pouvoir,
le monde connaitra enfin la paix.Jimmy Hendrix